Biography
Pour la deuxième exposition de son nouvel espace au cœur de Saint-Germain-des-Prés, Waddington Custot présente Regards croisés, une exposition collective réunissant quinze artistes de la galerie. Reflétant l’expertise de la galerie, la présentation révèle ce qui lie modernes et contemporains : le geste, la couleur, la figure et le volume.
Le geste, d’abord. L’exploration du motif noir, dense et structuré de Pierre Soulages, où l’artiste resserre son vocabulaire à l’extrême, dialogue subtilement avec les dégradés de Hans Hartung, réalisés à l’aide de balais et de branches d’olivier. Tous deux font émerger une même tension du trait, portée par le contraste entre force du geste et douceur du fond coloré. Bernar Venet prolonge cette réflexion en introduisant la ligne indéterminée : plus libre, plus spontanée et sinueuse, celle-ci s’affranchit des règles strictes de la géométrie pour faire naître des formes ouvertes et vivantes.
À la tension du trait succède l’apaisement de la couleur. Les aplats équilibrés de Serge Poliakoff, aux formes simples, aux couleurs sobres, contrastent avec les grilles vibrantes de Maria Helena Vieira da Silva, qui jouent avec l’espace et la perspective. Sheila Hicks poursuit cette exploration sensible de la matière colorée à travers le textile, dont elle fait une sculpture vivante. Son travail entre en résonance avec les œuvres de Kenia Almaraz Murillo, qui mêlent tissages de fibres naturelles et éléments urbains (broderies issues des costumes de carnaval boliviens ou néons LED), déployant une dimension à la fois traditionnelle et contemporaine.
La figure humaine et ses représentations s’installent dans cet ensemble. Le personnage de Jean Dubuffet, issu des débuts de L’Hourloupe, en déploie les couleurs typiques : bleu, rouge, blanc et noir, tout en conservant des éléments de la période Paris Circus. Il côtoie celui de Peter Blake et de sa série Girl with a Disney Tattoo, qui convoque l’imaginaire populaire et l’appropriation d’icônes de la pop culture comme Blanche-Neige ou Daisy.
Le volume parachève cette présentation. Les bronzes de François Réau, comme des bas-reliefs, conservent l’aspect et la délicatesse de ses dessins à la mine de plomb et au graphite, tout en explorant la notion du temps qui passe, tandis que les œuvres de Sophia Vari, en marbre ou en bronze, jouent elles aussi sur les relations entre la forme et la surface, entre les pleins et les vides. Chaque sculpture est composée de formes imbriquées et interdépendantes qui, ensemble, suggèrent un mouvement fluide, accentué par la surface lisse des matériaux et par de subtils contrastes d’ombre et de lumière. À cette quête d’équilibre répondent les sculptures d’Yves Dana, inspirées de la grâce puissante et de la pureté des formes de la sculpture égyptienne antique ; ou des lignes épurées et des sculptures minimalistes des idoles des Cyclades, comme des objets retrouvés dans le désert ou sortis de la nature.
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